Liste des cours disponibles

Cours VWPP-Reid Hall- Printemps 2022

Cours d’écriture intensive :

1- Le spectacle de Paris au cinéma-  Prof. Jonathan Degenève (WI1)

Paris est un spectacle qu’offre le cinéma depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui. Les frères Lumière inventent le cinématographe à Lyon, mais c’est sur les Grands Boulevards parisiens qu’ils font les premières projections. Par ailleurs, leurs documentaires de la ville sont bel et bien mis en scène. Avec le passage du muet au parlant, et notamment dans Sous les toits de Paris qui incarne cette transition, la représentation urbaine se fait à travers des images qui deviennent progressivement des clichés dont certains se retrouvent jusque dans La La Land. Il est vrai que le film Les Enfants du Paradis montre déjà l’envers d’une capitale qui se transforme ainsi en décor, en théâtre de la passion, mais c’est la Nouvelle Vague qui renouvelle et même révolutionne cette vision. Il y a l’amour, mais il y a aussi l’exclusion (Les 400 coups), la mort (À bout de souffle), la déchéance (Le Signe du Lion) et la maladie (Cléo de 5 à 7). Paris se dote alors de dimensions multiples et variées, même lorsque les films sont nostalgiques (Dans Paris) ou futuristes (Peut-être). Reste que pour les jeunes de banlieue, aller à Paris c’est toujours aller au spectacle. En témoigne le cinéma de ces dernières années (La Haine, Bande de filles, Divines) qui invite du coup à une réflexion à la fois économique et anthropologique à l’endroit de celles et ceux qui sont comme des étrangers dans leur propre pays alors que leur culture, qui s’invente dans les cités, est ce que Paris ne cesse de suivre et de reprendre. 

2- Flâneries littéraires- Prof. Simona Crippa (WI2)

La figure poétique, historique et théorique du flâneur a fait l’objet de nombreuses analyses depuis les travaux fondateurs de Walter Benjamin. Son étude d’inspiration marxiste, Paris, capitale du XIXe siècle. Le livre des passages, offre une place centrale au poète Charles Baudelaire qui fait l’expérience inédite de la ville moderne et en rend compte notamment dans ses Tableaux parisiens. Selon Benjamin, Paris est un espace d’observation à la fois esthétique et critique d’une réalité nouvelle faite de modifications technologiques et architecturales liées à l’industrialisation et au « spectacle » de la marchandisation, ce qui donnera lieu à des transformations sociopolitiques importantes. 

Le cours se propose d’analyser cette figure première de la flânerie urbaine dont nous interrogerons également les frontières de genre parce que l’espace citadin est l’apanage de plusieurs imaginaires, reflets de différentes identités et subjectivités que nous tenterons d’esquisser à travers des textes allant du XIXe au XXIe siècle. 

Le corpus prévoit l’étude d’extraits d’oeuvres de : Benjamin, Baudelaire, Flora Tristan, Apollinaire, Aragon, Breton, Colette, Duras, Annie Ernaux, Édouard Louis… 

Les étudiants seront amenés à partager leurs flâneries dans les devoirs de « writing intensive» où le travail sur les oeuvres se mêlera à leurs observations personnelles sur la ville. 

3- Le Diable dans la littérature et les arts français – Prof. Patrick Graille (WI3)

Depuis plus de 2000 avant Jésus Christ, le Diable, désigné comme le « grand adversaire », le « calomniateur », le « séparateur », le « tentateur », le « destructeur », ou « celui qui n’aime pas », fascine. Alors qu’il n’existe pas de Diable grec et que la tradition juive fait rarement allusion à la toute-puissance maligne, sa figure est omniprésente dans le Nouveau Testament. Elle fonde les modèles du bien et du mal chrétiens, puis de bienfaisance et de malfaisance laïques, les normes qui régissent la culture occidentale et, particulièrement, la culture française. Complice de cette entité sulfureuse, une légion d’étranges créatures – anges déchus, sorcières et sorciers, possédés, fantômes, zombis, esprits, vampires ou loups garous – s’impose en symboles de la condition humaine et des époques qui semblent leur donner vie et mort. En effet, le Diable étant toujours fils de son temps, avec l’évolution des croyances, les figures et les représentations de la peur, de l’effroi, de l’horreur, du pacte, de la damnation, de la possession, de la corruption… s’actualisent et se métamorphosent. Mais les obsessions autour du « bouc cornu et velu » de jadis n’en demeurent pas moins profondément ancrées dans les psychés collectives. Et, à ce titre, toujours renaissantes, prêtes à adopter de nouvelles formes, tantôt terrifiantes et angoissantes, tantôt divertissantes et séduisantes ; en tous les cas, troublantes. « L’art moderne, notait Baudelaire, a une tendance essentiellement démoniaque », comme si l’ange porteur de lumière nommé Lucifer se divertissait à engraisser « le genre humain dans ses basses-cours pour se préparer une nourriture plus succulente » (L’Art romantique). 

Finalement, qui est le Diable ? Pourquoi est-il ? Comment se manifeste-t-il ? Quelles valeurs sociales de repoussoir, de faire-valoir et d’exutoire traduit-il ? Quels types de savoirs et de fantasmes incarne-t-il ? Que l’on adhère ou non à une croyance religieuse ou spirituelle le mettant en scène, pourquoi perturbe-t-il ? À trop signifier, ne perd-il pas toute signification définie ? Du siècle des Lumières à nos jours, le cours débattra de ces questions en esquissant un panorama de cette figure majeure et énigmatique. Il explorera des documents variés : extraits romanesques et philosophiques, contes, nouvelles, poésies, pièces de théâtre, procès de sorcellerie, peintures, gravures, films, séries…


Séminaire :

1-Histoire et photographie en France (XIXe–XXIe siècles)– Prof. Jean-Philippe Dedieu (S1)

L’émergence de la photographie au début du XIXe siècle a constitué une révolution technologique aussi importante que celle de l’imprimerie. Ce cours entend présenter aux étudiants une histoire de la France à travers les usages de la photographie tant privés et publiques que sociaux et politiques. 

Le cours sera structuré autour de périodes historiques spécifiques. Le XIXe sera plus particulièrement analysé au travers de l’engouement pour la photographie sous le Second Empire et la naissance de la photographie de guerre. Le XXe sera notamment examiné par l’étude de la relation entre identité photographique et sécurité nationale, la pratique de l’image militante dans l’entre-deux-guerres, la question de la représentation de la Shoah, puis l’essor du photojournalisme après la Seconde Guerre mondiale. Les premières décennies du XXI seront plus spécifiquement consacrées à réfléchir aux enjeux visuels et éthiques de la couverture de la récente ‘crise migratoire’.

Outre l’analyse de textes académiques et de photographies, l’étude de journaux intimes, de lettres et de romans écrits par des photographes, des poètes et des romanciers apportera une perspective supplémentaire, plus proche de l’expérience photographique elle-même. Au fil du semestre, les étudiants affineront leurs compétences en matière d’analyse tant visuelle que culturelle et historique de l’histoire de France. Enfin, les étudiants seront amenés à se demander ce qui peut distinguer un ‘document’ photographique d’une ‘œuvre d’art’ photographique ou d’une ‘archive’ visuelle. 

2- Art et politique: l’artiste engagé– Prof. Nena Kraguly (S2)

Ce cours propose d’explorer l’art engagé à travers différentes expériences artistiques et de tracer les relations entre l’art et la politique.

Dès la fin des années 80, des événements majeurs comme la chute du mur de Berlin, la dissolution de l’Union Soviétique, le 11-Septembre, la guerre du Golfe ainsi que la mondialisation, la crise financière mondiale qui implante l’instabilité et le pessimisme sociale, ou encore les menaces écologiques, ont profondément changé le visage de notre société. Immergé dans cette société en mutation instable, l’artiste prend une position analytique et critique. Il est confronté à la réalité présente,  hic et nunc,  qui devient dans son travail le matériau principal pour examiner et pour débattre.  Son œuvre se présente comme un faisceau corrélationnel, un ensemble de vecteurs de communication devant les situations politiques, les faits de société, les prises de décision ou les bouleversements survenus.

Il ne s’agit pas de représenter de manière littérale et linéaire des maux de la société au dessin compassionnel ou de proposer des solutions, mais de saisir l’essentiel de la problématique de ceux-ci pour mieux les révéler, pour éveiller la conscience, pour déclencher des réflexions ou pour changer l’attitude.

Les artistes adoptent des pratiques artistiques pluridisciplinaires. Les démarches de chaque artiste varient selon son approche du sujet, son radicalisme, son but implicite, qui d’ailleurs, dépend du milieu socio politique dont l’artiste est issu, ainsi que de la culture qui lui est propre. C’est pourquoi, certains artistes sont concernés par la pauvreté, les droits de l’homme, le racisme, alors que d’autres critiquent les entreprises multinationales et la destruction de l’environnement, ou d’autre encore, montrent l’impuissance face aux régimes politiques totalitaires, à la corruption ou à l’emprise des médias.

L’objectif de ce cours est de  montrer la complexité des rapports entre l’art et la politique et de discuter les relations critiques et dynamiques que l’artiste entretient avec le contexte politique, social et culturel. 

Nous examinerons le travail de nombreux artistes, entre autres  Hans Haake, Zoran Music, Christian Boltanski, Martha Rosler, Kareem Risan, Baptist Coelho, Alfredo Jaar, FX Harsono, Htein Lin, William Kentridge, Doris Salcedo, Regina José Galindo, Wonho Lee, Rebecca Belmore, Thomas Hirschhorn, Jean-Michel Basquiat, Mona Hatoum, Chris Ofili , Teresa Margolles, Cildo Meireles, Kader Attia, Donald Rodney, Betye Saar, Shilpa Gupta, Adrian Piper, James Luna, Robert Gober, Michel Journiac, David Wojnarowicz, Claude Cahun, Zanele Muholi, Joseph Beuys, Banksy et Yin Xiuzhen.                        

 En parallèle des cours théoriques en classe, il est envisagé de visiter les musées et galeries suivants : le Centre Georges Pompidou, le Palais de Tokyo, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et les galeries du Marais.   

 

3- Femmes, Féminisme, Genre et Sexualité(s) en France, XIXe– XXIe siècles- Prof. Christelle Taraud (S3)

Ce cours est une introduction générale à l’histoire des femmes, du féminisme et du genre dans la France contemporaine du XIXe au XXIe siècle. Dans ce cadre il s’agira de mettre en exergue plusieurs questions centrales de la problématique : 1) L’histoire des relations entre femmes, féminisme et genre en France de la Révolution française de 1789 à nos jours, en mettant particulièrement l’accent sur la première vague de féminisme (1880-1970) et sur la seconde (années 1970) ; 2) Comment les questions de femmes, de féminisme et de genre résonnent dans les débats très contemporains (parité, prostitution, hétéro-centrisme, homophobie, mariage gay, homoparentalité …) de la France d’aujourd’hui ; 3) Et enfin comment croiser les questions de genre et les questions postcoloniales pour mieux comprendre et analyser les polémiques « récentes » en France (voile islamique par exemple). Il s’agira donc ici de mieux saisir la manière dont l’héritage colonial (pratiques et représentations) « travaille » la France des années 2000-2020, surtout à partir de populations africaines et maghrébines (notamment algérienne) considérées, tout particulièrement depuis le milieu des années 1980, comme spécialement « problématiques » pour le modèle français et « l’identité nationale ».

 

4- Au nom de “l’écologie”: Petites enquêtes marchées et documentées sur les transformations du paysage urbain parisien- Prof. Ariane Wilson (S4)

 Que fait-on, à Paris et dans sa proche banlieue, au nom de l’écologie ? Quel est le rapport entre le discours politique et sa traduction matérielle ? Comment le paysage urbain change-t-il par prétexte de mesures environnementales ?

Pour aborder ces questions, ce séminaire fera un va-et-vient entre trois terrains : celui de l’espace public, celui de discours municipaux et nationaux actuels sur le développement durable et la transition écologique, celui de documents historiques sur les aménagements qui ont fait “l’image” de Paris.

Le premier, celui de l’espace public, nous l’éprouverons en marchant, et plus exactement en utilisant la marche comme méthode. Il existe une science de l’exploration de et par la marche, que certains nomment “promenadologie” (Lucius Burckhardt). Expérimenter diverses manières de marcher, divers protocoles, fait surgir différents types de savoir. Dans ce séminaire, la marche sera un outil de perception, de questionnement et de connaissance. La marche enclenche une expérience physique du paysage, oblige à interagir avec l’environnement, permet au hasard d’advenir, ouvre à des rencontres, tisse des associations inattendues, encourage à changer d’échelle d’investigation, bouscule les présuppositions. La marche permet de voir le caché, de deviner l’invisible, de franchir les frontières, de se faufiler dans les interstices, de trébucher sur des indices matériels conduisant à l’interrogation et l’enquête. Ce faisant, elle soulève des questions critiques sur les mécanismes de production et de transformation des bâtiments, des espaces publics, des villes, de l’urbain et du péri-urbain, des territoires.

Dans le second terrain, celui du discours de publications de la municipalité, de pamphlets électoraux, d’affiches immobilières, ou encore de la presse, nous identifierons une série de termes à la mode relatifs à l’écologie. Nous tracerons l’origine et l’évolution de ce jargon écologique. Quelques exemples : “végétalisation”, “transition écologique”, “économie d’énergie”, “mobilité douce”, “circuit court”, “campagne à la ville”, “matériau biosourcé”. Nous associerons ces termes avec des objets urbains révélés lors des promenades : des indices, petits et grands, qui matérialisent leurs intentions. Il s’agira peut-être de bacs à fleurs, de pompes à vélo, de poteaux de stationnement, de bois vrai ou faux en façade, de livreurs à vélo, de bancs en palettes… Il nous incombera de réaliser et d’organiser un inventaire et d’examiner comment ces nouveaux indices du discours écologique s’implantent dans le paysage urbain.

Enfin, nous comparerons ces occurences et le discours qui les porte avec des éléments qui ont fondé l’urbanisme parisien. Sur ce troisième terrain, historique, nous pourrons comparer nos trouvailles avec des plans et des catalogues de mobilier urbain haussmaniens, des photos aériennes, la mémoire d’un jardinier de la Ville de Paris. Nous pourrons par exemple nous demander comment tel ou tel square haussmannien s’est modifié pour répondre au credo écologique. Est-ce la même chose de parler de “jardin” ou “d’espace vert” ? Comment la conception de la “nature” a-t-elle changé entre la plantation d’arbres d’alignement le long des boulevards et la défense d’herbes folles entre les dalles d’un trottoir ? Comment le remplacement de jardins potagers ouvriers par des jardins collectifs partagés révèle-t-elle des débats idéologiques sur le lien entre citadin et autonomie alimentaire ? D’où venaient les matériaux de construction des immeubles de Paris à diverses époques par rapport à certains matériaux aujourd’hui dits “locaux” ?

Ce séminaire est l’occasion d’observer finement le paysage urbain et péri-urbain de Paris et ses communes voisines, d’étudier la composition historique de ses espaces publics grâce à des documents d’archive, d’apprendre à relever et déconstruire une terminologie, de conduire de petites enquêtes, et surtout, d’articuler ces divers aspects pour se poser des questions critiques sur l’un des thèmes les plus en vue de la macro-politique actuelle, qui s’incarne sur le trottoir, en bas de chez nous.

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Atelier d’écriture créative– (.5 crédit)- Prof. et écrivain -Alexis Weinberg (A1)

Cet atelier d’écriture créative, conçu pour un public d’étudiant.e.s dont le français n’est pas la première langue, se veut un parcours à travers la littérature française, y compris la création contemporaine où les étudiant.e.s laisseront aller leurs imaginations. Nous emprunterons à tous les genres et toutes les époques, en commençant par éprouver la stimulation créative de la contrainte littéraire ; notre but sera toutefois, au fur et à mesure des séances, d’aller vers des modalités d’écriture de plus en plus investies personnellement.

Et concrètement ? Les consignes d’écriture seront, à chaque séance, introduites par la brève présentation d’un point d’histoire littéraire, mais toujours au service d’un effort d’énonciation personnelle. Le travail, ou une partie du travail, effectué en classe puis poursuivi par chacun.e après la classe, sera partagé au début de la séance suivante, dans un esprit de bienveillance, d’entraide, et de convivialité.

La validation du cours reposera uniquement sur l’assiduité et l’implication des étudiant.e.s, afin que toute liberté d’expérimentation soit préservée. Ni les différences individuelles dans la maîtrise du français, ni les degrés divers de familiarité avec les pratiques d’écriture littéraire ne devront faire obstacle au plaisir d’écrire.

Nous pourrons envisager la visite d’un lieu où la littérature contemporaine s’énonce, comme La Maison de la Poésie.