Cours du VWPP – Printemps 2019

Cours d’écriture intensive / writing intensive courses (3) 

  1. WI1 — Le spectacle de Paris au cinéma 
  2. WI2–Le Diable dans la littérature et les arts français
  3. WI3– Les Antilles Françaises : Laboratoire de la Mondialité

Séminaires / seminars (3)

  1. S1 — Installations : Lieux et espace dans l’art contemporain
  2. S2 — Mémoire de la terreur et des terrorismes dans Paris et dans la littérature
  3. S3 — De l’île de la Cité au Grand Paris, redéfinitions de la ville

 

Les Cours d’Écriture Intensive

WI1 « Le spectacle de Paris au cinéma »
Prof. Jonathan Degenève

Jeudi 10h-12h

Paris est un spectacle qu’offre le cinéma depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui. Les frères Lumière inventent le cinématographe à Lyon, mais c’est sur les Grands Boulevards parisiens qu’ils font les premières projections. Par ailleurs, leurs documentaires de la ville sont bel et bien mis en scène.

Avec le passage du muet au parlant, et notamment dans Sous les toits de Parisqui incarne cette transition, la représentation urbaine se fait à travers des images qui deviennent progressivement des clichés dont certains se retrouvent jusque dans La La Land. Il est vrai que le film Les Enfants du Paradismontre déjà l’envers d’une capitale qui se transforme ainsi en décor, en théâtre de la passion, mais c’est la Nouvelle Vague qui renouvelle et même révolutionne cette vision. Il y a l’amour, mais il y a aussi l’exclusion (Les 400 coups), la mort (À bout de souffle), la déchéance (Le Signe du Lion) et la maladie (Cléo de 5 à 7). Paris se dote alors de dimensions multiples et variées, même lorsque les films sont nostalgiques (Dans Paris) ou futuristes (Peut-être).

Reste que pour les jeunes de banlieue, aller à Paris c’est toujours aller au spectacle. En témoigne le cinéma de ces dernières années (La Haine,Bande de filles, Divines)qui invite du coup à une réflexion à la fois économique et anthropologique à l’endroit de celles et ceux qui sont comme des étrangers dans leur propre pays alors que leur culture, qui s’invente dans les cités, est ce que Paris ne cesse de suivre et de reprendre.

 

WI2 « Le Diable dans la littérature et les arts Français »
Prof. Patrick Graille

Jeudi – 14h30-16h30

Depuis plus de 2000 avant Jésus Christ, le Diable, désigné comme le « grand adversaire », le « calomniateur », le « séparateur », le « tentateur », le « destructeur », ou « celui qui n’aime pas », fascine. Alors qu’il n’existe pas de Diable grec et que la tradition juive fait rarement allusion à la toute-puissance maligne, sa figure est omniprésente dans le Nouveau Testament. Elle fonde les modèles du bien et du mal chrétiens, puis de bienfaisance et de malfaisance laïques, les normes qui régissent la culture occidentale et, particulièrement, la culture française.

Complice de cette entité sulfureuse, une légion d’étranges créatures – anges déchus, sorcières et sorciers, possédés, fantômes, zombis, esprits, vampires ou loups garous – s’impose en symboles de la condition humaine et des époques qui semblent leur donner vie et mort. En effet, le Diable étant toujours fils de son temps, avec l’évolution des croyances, les figures et les représentations de la peur, de l’effroi, de l’horreur, du pacte, de la damnation, de la possession, de la corruption… s’actualisent et se métamorphosent. Mais les obsessions autour du « bouc cornu et velu » de jadis n’en demeurent pas moins profondément ancrées dans les psychés collectives. Et, à ce titre, toujours renaissantes, prêtes à adopter de nouvelles formes, tantôt terrifiantes et angoissantes, tantôt divertissantes et séduisantes ; en tous les cas, troublantes. « L’art moderne, notait Baudelaire, a une tendance essentiellement démoniaque », comme si l’ange porteur de lumière nommé Lucifer se divertissait à engraisser « le genre humain dans ses basses-cours pour se préparer une nourriture plus succulente » (L’Art romantique).

Finalement, qui est le Diable ? Pourquoi est-il ? Comment se manifeste-t-il ? Quelles valeurs sociales de repoussoir, de faire-valoir et d’exutoire traduit-il ? Quels types de savoirs et de fantasmes incarne-t-il ? Que l’on adhère ou non à une croyance religieuse ou spirituelle le mettant en scène, pourquoi perturbe-t-il ? À trop signifier, ne perd-il pas toute signification définie ? Du siècle des Lumières à nos jours, le cours débattra de ces questions en esquissant un panorama de cette figure majeure et énigmatique. Il explorera des documents variés : extraits romanesques et philosophiques, contes, nouvelles, poésies, pièces de théâtre, procès de sorcellerie, peintures, gravures, films, séries…

 

WI3 « Les Antilles Françaises : Laboratoire de la Mondialité »
Prof. Raphaël Lauro

Lundi 13h30-15h30

Par-delà le mythe exotique des « îles » paradisiaques, que sait-on des Antilles françaises, de leur histoire contemporaine, de leurs cultures ? Que connaît-on des mouvements, des luttes, des problèmes et des questions qui animent les sociétés antillaises ?

« Carrefours de civilisations » selon l’expression de l’ethnologue Michel Leiris, ces territoires de l’archipel des Caraïbes liés à l’histoire coloniale et post-coloniale de la France constituent un riche et vaste terrain d’étude. Loin de n’être que des « poussières au milieu de l’Océan », comme le pensait le Général de Gaulle, la Guadeloupe et la Martinique présentent en effet une réalité profuse, à la fois singulière et multiple, particulière et universelle.

Entremêlant les questions, les points de vue et les disciplines (histoire, politique, anthropologie, littérature), ce cours propose d’approcher et d’interroger divers aspects du « réel » antillais. Ouvert à l’originalité des travaux d’écriture et encourageant les recherches thématiques personnelles, il se conçoit comme un laboratoire d’étude où pourrait s’esquisser collectivement une histoire culturelle des Antilles françaises qui reste à écrire.

 [Un livret rassemblant des articles et courts textes littéraires, critiques, historiques, politiques et anthropologiques sera distribué aux étudiants.]

 

 

Les Séminaires

S1 « Installations : Lieux et espace dans l’art contemporain »
Prof. Néna Kraguly

Mercredi 10h-12h

Dépassant les catégories du modernisme, l’art depuis la deuxième moitié du XXème siècle expose un nouveau type d’œuvres définies par le traitement de l’espace, du lieu et du matériau.

Héritière des ready-made de Marcel Duchamp et de Merzbau de Kurt Schwitters, l’installation apparaît comme un jeu sur l’éphémère et l’espace environnant. L’installation est un site spécifique conçu par l’artiste. L’artiste présente des objets et des éléments autonomes en une cohérence holistique qui investit l’espace. Initialement neutre et vide, l’espace devient œuvre d’art. La scénographie et la construction spatiale de l’œuvre englobent le concept du Gesamtkunstwerk (»Œuvre d’art totale ») qui comprend différentes formes  et aspects artistiques. Objet de controverses, les installations deviennent un terrain de réflexion, où la relation du spectateur à l’oeuvre et les mécanismes du monde de l’art trouvent de nouvelles formes. A travers ses pratiques artistiques pluridisciplinaires, l’art de l’installation interroge  sur la définition de l’art,  des modes de représentation de l’oeuvre, des structures instituées, du rôle du spectateur, du statut de l’art et du marché de l’art.

Ce cours abordera les nombreux aspects historiques et contemporains de l’espace, du site et des matériaux.  Le cours s’articulera autour des thèmes proposés : La sculpture dans le champ élargi, espace clos, espace encombré, espace de l’échange (espace social), espace immersif et construction/déconstruction de l’espace.

 

S2 « Mémoire de la terreur et des terrorismes dans Paris et dans la littérature»
Prof.
Martin Mégevand

Mercredi 16h-18h

Comment et dans quelle mesure les déflagrations majeures de l’histoire moderne ont-elles eu des répercussions sur la littérature ?

Pour répondre à ces questions, on propose un cours scindé en deux parties et ponctué par quatre visites sur des lieux parisiens marqués par la terreur et par le terrorisme. On s’intéressera dans un premier temps à des œuvres littéraires qui ont pris en charge la période sombre de l’histoire de France justement intitulée la Terreur : sous forme d’extraits distribués en cours, on examinera Le Chevalier de Maison Rouge de Dumas et le traitement joyeux que lui inflige le critique Pierre Bayard dans son livre Aurais-je sauvé Geneviève Dixmer ?

On étudiera ensuite des extraits de grandes œuvres du XIXè siècle, Histoire des Girondins de Lamartine, Mémoires d’Outre tombe de Chateaubriand et Les Dieux ont soif d’Anatole France, qui nous conduiront sur deux lieux parisiens marqués par la Terreur : la conciergerie de Paris, et l’église Saint Paul du Marais où l’on apprendra qu’une légende contre révolutionnaire répandue dans les années 1810 a contribué à noircir encore cette période : celle dite des « cœurs profanés ». Passant ensuite au XXè siècle, on s’appuiera sur deux textes littéraires majeurs, les Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos et Les Onze de Pierre Michon pour s’interroger sur les formes d’actualisation historique de la Terreur. Ce moment du cours nous conduira à visiter l’extraordinaire cimetière de Picpus où flotte le drapeau américain, sur la tombe de Lafayette, et à effectuer un trajet sur les lieux des attentats du 13 novembre 2015. En effet, il pourra être éclairant et intéressant de comparer ces deux périodes, en s’appuyant sur des textes de témoignage, qui abondent sur cet événement récent, et sur des documents déposés sur les lieux des attentats, conservés aux Archives de Paris et consultables sous forme d’images scannées sur leur site.

Le but du cours est de sensibiliser les étudiants aux reconstructions fictionnelles des événements historiques majeurs, et de discuter des vertus positives de l’acte d’écrire, qui peut devenir un instrument incomparable de lutte contre la mélancolie et les effondrements.

La validation se fera sous la forme de deux comptes rendus de visite, d’un part, et d’autre d’un dossier de six pages dactylographiées à remettre, soit sur l’un des livres présentés en cours, soit sur une petite collection de poèmes, anonymes ou signés, déposés sur les lieux des attentats.

 

S3 « De l’île de la Cité au Grand Paris, redéfinitions de la ville»
Prof. Catherine Poisson

Mardi 10h-12h

Paris est une très petite capitale en regard de Madrid, Londres ou Moscou et son manteau est depuis longtemps trop serré. Née sur l’ile de la Cité, Paris s’est agrandie en centres concentriques et elle est aujourd’hui cernée par le boulevard périphérique. qui la sépare de la banlieue. Agrandir Paris (le concept du Grand Paris lancé en 2007) amène à regarder la ville telle qu’elle est, mais nous invite aussi à la repenser. Quels sont les éléments qui constituent une ville ?  Quelles sont les différences entre les villes spontanées et les villes dites artificielles ?C’est à ces questions que le cours tentera d’apporter des éclaircissements.

Le cours sera organisé autour de l’étude de lieux-phares tels que le monument, le magasin, le café, le musée ou le cimetière considérés simultanément dans Paris intra muros et en banlieue (Saint Denis, Vitry et autres). Ces lieux seront examinés à partir de visites sur place, pendant et entre les cours, étayés par des extraits d’œuvres littéraires, d’essais et d’extraits de films ou d’images. Ce cours est donc à la croisée entre histoire culturelle, sociologie et littérature. Des textes de Zola, Pérec, Maupassant, Beauvoir et Maspéro contribueront, entre autres, à notre réflexion ainsi que des images de Monet à Doisneau ou Cartier-Bresson.

Deux autres cours sur Paris ( Le spectacle de Paris au cinéma, Mémoire de la Terreur et des terrorismes) seront offerts durant le semestre et si vous suivez un autre cours à Reid Hall sur Paris, vous serez invités à établir des ponts entre les deux cours.

 

 

NB : Les références envisagées peuvent faire l’objet de modification à la rentrée.

Le cours requiert l’assiduité, la participation active des étudiant.e.s, ainsi que la courtoisie à l’égard de l’enseignant.e. Ces règles de courtoisie impliquent la ponctualité, que les téléphones portables, réseaux sociaux, etc., soient interrompus, et que la nourriture soit proscrite durant le cours pour favoriser l’écoute mutuelle.