Cours du VWPP – Printemps 2018

Cours d’écriture intensive / writing intensive courses (2)

  1. WI1 — Littérature et photographie : La formation d’une esthétique (XXe – XXIe siècles)
  2. WI2 — Le Diable dans la littérature et les arts français

Séminaires / seminars (3)

  1. S1 — Femmes, genre, sexualité et colonialisme / post colonialisme en Algérie et en France métropolitaine (1830 – 2017 )
  2. S2 — Art contextuel : art investissant l’espace urbain et le paysage, art socialement engagé, art participatif, art de situation
  3. S3 — La France rebelle à travers ses manifestations artistiques et culturelles : Le Front Populaire (1936), Mai 68 et Nuit debout (2016)

Mis à jour le 27 novembre 2017


Écriture Intensive – « Writing Intensive »

WI1 — Littérature et photographie : La formation d’une esthétique (XXe – XXIe siècles)
Florence de Chalonge

Mercredi 16h -18h

La photolittérature se réfère à des œuvres ayant un statut littéraire, ou reconnues comme telles, dans lesquelles des images photographiques jouant un rôle structurant sont insérées.

Le récit, l’essai, l’autobiographie, le journal sont partie prenante de ces relations entre littérature et photographie.

L’œuvre photolittéraire est le lieu qui permet de repenser le voisinage esthétique, polémique, concurrentiel mais créatif, entre littérature et photographie, comme marqueur de la sensibilité contemporaine : comment l’image devient-elle une contrainte d’écriture (Breton) ; mais aussi comment le texte fait-il image – s’écrivant à partir d’une image absente du passé (Duras) ? Le livre est également l’inscription d’une expérience (Maspéro en voyage dans le RER en banlieue parisienne) ou le résultat d’une performance artistique (au Festival d’Avignon, Sophie Calle reçoit les visiteurs de l’exposition sur un lit, dans une chambre où elle a affiché les photos de sa vie).

L’emprise et l’empreinte du réel concernent directement l’image photographique ; qu’emporte avec elle dans le livre la photo d’un observé ou d’un vécu ? Peut-elle s’émanciper du « Ça-a-été » qui fascinait tant Roland Barthes (La Chambre claire) ?

Cinq œuvres photolittéraires des XXe et XXIe siècles, choisies pour la diversité de leur genre et de leur approche, devenues déjà pour plusieurs d’entre elles des classiques, seront principalement étudiées :

  • André Breton, Nadja (1928), Paris, Gallimard, « Folio ».
  • Roland Barthes La Chambre claire (1980), Paris, Cahiers du cinéma-Gallimard-Seuil.
  • Marguerite Duras, L’Amant (1986), Paris, Minuit.
  • François Maspero, Anaïk Frantz, Les Passagers du Roissy-Express, Seuil, 1990.
  • Sophie Calle, Des histoires vraies, Arles, Actes Sud, 2013.

D’autres extraits d’œuvres, notamment théoriques, seront également étudiés.

Deux visites seront faites dans des hauts lieux de la photographie à Paris :

  • l’une (libre) à la Maison européenne de la photographie (dans le Marais) ;
  • l’autre, guidée, à la Bibliothèque Nationale de France (site François-Mitterrand : exposition « Paysages français : une aventure photographique (1984-2017) » ou à défaut (l’exposition de la BNF s’arrêtant le 4 février 2018) au Jeu de Paume (dans le jardin des Tuileries) : exposition « Raoul Hausmann : 1927-1971», photographe dada, inventeur du photomontage.

 

WI2 — Le Diable dans la littérature et les arts français
Patrick Graille

Lundi 16h – 18h

Depuis plus de 2000 avant Jésus Christ, le Diable, désigné comme le « grand adversaire », le « calomniateur », le « séparateur », le « tentateur », le « destructeur », ou « celui qui n’aime pas », fascine. Alors qu’il n’existe pas de Diable grec et que la tradition juive fait rarement allusion à la toute-puissance maligne, sa figure est omniprésente dans le Nouveau Testament. Elle fonde les modèles du bien et du mal chrétiens, puis de bienfaisance et de malfaisance laïques, les normes qui régissent la culture occidentale et, particulièrement, la culture française.

Complice de cette entité sulfureuse, une légion d’étranges créatures – anges déchus, sorcières et sorciers, possédés, fantômes, zombis, esprits, vampires ou loups garous – s’impose en symboles de la condition humaine et des époques qui semblent leur donner vie et mort. En effet, le Diable étant toujours fils de son temps, avec l’évolution des croyances, les figures et les représentations de la peur, de l’effroi, de l’horreur, du pacte, de la damnation, de la possession, de la corruption… s’actualisent et se métamorphosent. Mais les obsessions autour du « bouc cornu et velu » de jadis n’en demeurent pas moins profondément ancrées dans les psychés collectives. Et, à ce titre, toujours renaissantes, prêtes à adopter de nouvelles formes, tantôt terrifiantes et angoissantes, tantôt divertissantes et séduisantes ; en tous les cas, troublantes. « L’art moderne, notait Baudelaire, a une tendance essentiellement démoniaque », comme si l’ange porteur de lumière nommé Lucifer se divertissait à engraisser « le genre humain dans ses basses-cours pour se préparer une nourriture plus succulente » (L’Art romantique).

Mais finalement qui est le Diable ? Pourquoi est-il ? Comment se manifeste-t-il ? Quelles valeurs sociales de repoussoir, de faire-valoir et d’exutoire traduit-il ? Quels types de savoirs et de fantasmes incarne-t-il ? Que l’on adhère ou non à une croyance religieuse ou spirituelle le mettant en scène, pourquoi perturbe-t-il ? À trop signifier, ne perd-il pas toute signification définie ? Du siècle des Lumières à nos jours, le cours débattra de ces questions en esquissant un panorama de cette figure majeure et énigmatique. Il explorera des documents variés : extraits romanesques et philosophiques, contes, nouvelles, poésies, pièces de théâtre, procès de sorcellerie, peintures, gravures, films, séries…

 


Séminaires

S1 — Femmes, genre, sexualité et colonialisme / post colonialisme en Algérie et en France métropolitaine (1830 – 2017)
Christelle Taraud

Jeudi 14h -16h

Ce cours est une introduction générale à l’histoire des relations entre genre et colonisation/post-colonisation en Algérie et en France métropolitaine du début de la colonisation française en 1830 à aujourd’hui. Dans ce cadre il s’agira de mettre en exergue plusieurs questions centrales de la problématique : 1) La question historiographique en proposant un état des lieux de la recherche algérienne, française et anglo-américaine récente et des problèmes épistémologiques qu’elle soulève ; 2) Les rapports entre « race », classe et genre dans le cadre de l’Algérie et du Maghreb colonial-e et post-colonial-e ; 3) La manière dont l’héritage colonial (pratiques et représentations), à travers les rapports sociaux de sexe et dans une perspective « post-coloniale », influe sur l’Algérie et la France d’aujourd’hui ; 4) Les liens entre colonisation et globalisation au travers de la question des femmes, du genre et des sexualités.

Les lectures vont d’Olympe de Gouges jusqu’à Judith Butler en passant par de très nombreuses grandes intellectuelles et militantes féministes : Nelly Roussel, Simone de Beauvoir, Monique Wittig, Donna Haraway…

 

S2 — Art contextuel : art investissant l’espace urbain et le paysage, art socialement engagé, art d’intervention, art de situation

 

Néna Kraguly

Mercredi 10h -12h

L’art contextuel est une notion développée par le théoricien français Paul Ardenne, qui dit : « l’art doit être relié aux choses de tous les jours, se produire dans l’instant, en relation étroite avec le ‘contexte’.»

Il s’agit d’une stratégie artistique qui délaisse sciemment des lieux institués et des formes traditionnelles de l’art en s’engeant prestement dans son environnement socio-politique, géographique, etc. L’œuvre consiste en la proposition artistique qui est mise en relation directe avec la réalité brute sans intermédiaire, inaugurant ainsi un nouveau rapport au réel, sans le représenter. L’œuvre est insérée dans un contexte qu’il soit géographique, historique, politique ou social, pour le rendre présent. L’art devient contextuel. Le contexte  est donc d’une importance primordiale, il fait partie intégrante et indissociable de l’œuvre. Il détermine la pratique artistique, et joue un rôle fondamental dans la conception, la réalisation et la démonstration de l’œuvre.

L’art contextuel ne vise pas à présenter un objet autonome terminé, son but est d’utiliser les conditions des contextes pour déployer l’ensemble des démarches artistiques et du processus de création. L’artiste devient un acteur socialement engagé, il confronte et provoque la réalité en la déstabilisant dans le flux temporel. De même, le public participe au processus de création et fait affirmer l’œuvre. A travers ses pratiques artistiques pluridisciplinaires, l’art contextuel interroge la définition de l’art,  les modes de présentation de l’oeuvre, les structures instituées, le rôle du spectateur, le statut de l’art et le marché de l’art.

L’objectif de ce cours est de mettre en regard, d’éclairer et de confronter certaines pratiques artistiques de l’art contextuel comme entre autres, l’art activiste (happenings), l’art investissant l’espace public (performances dans les lieux urbain et paysager), l’art interactif (esthétique relationnelle) et l’art de situation.

Des exemples concrets seront examinés ainsi que les questions que ces pratiques soulèvent: la créativité, ses objectifs, sa signification.

Nous examinerons le travail de nombreux artistes, entre autres Valie EXPORT, Orlan, Adrian Piper,  Daniel Buren, Richard Long, Allan Kaprow, Qin Ga, Francis Alÿs, Vito Acconci, Andre Cadere, Lygia Clark, Tania Mouraud, Günter Bruss, Oleg Kulik, etc.

En parallèle des cours théoriques en classe, il est envisagé de visiter les musées et galeries suivants : le Centre Georges Pompidou, le Palais de Tokyo, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et les galeries du Marais.

 

S3 — La France rebelle à travers ses manifestations artistiques et culturelles : Le Front Populaire (1936), Mai 68 et Nuit Debout (2016)
Jonathan Degenève

Mardi 15h30 – 17h30

Dans les grands mouvements sociaux de la France des XXe et XXIe siècles, quel rôle les artistes jouent-ils ? Sont-ils encore des témoins ou déjà des acteurs ? Peuvent-ils accompagner des événements tout prenant de la distance pour y penser voire pour en juger ? Ne s’adressent-ils qu’à des partisans ? Comment les œuvres artistiques – films, textes, photographies, chansons – relaient-elles les thèmes qui agitent le débat public ? Et qu’en est-il de ce qui se trouve dans la rue et qui est voué à disparaître comme par exemple les affiches, les graffitis et les tracts ? Enfin, que reste-il de la contestation portée par une œuvre d’art quand cette dernière entre dans le patrimoine culturel ? Ces questions guideront un parcours qui partira du Front Populaire de 1936 et qui ira jusqu’aux tout récents rassemblements de Nuit Debout (2016) en passant par les soulèvements de Mai 68.