Cours du VWPP – Automne 2016

Cours d’écriture intensive / writing intensive courses (3)

  1. WI1 — Paris dans le cinéma français
  2. WI2 —  Le Diable dans la littérature et les arts français
  3. WI3 — Littérature et photographie

Séminaires / seminars (3)

  1. S1 — La mémoire collective dans Paris et dans la création littéraire
  2. S2 — Art et politique : L’artiste engagé
  3. S3 — Panorama du théâtre contemporain

Mis à jour le 14 Juin 2016

Écriture Intensive – « Writing Intensive »

 

WI1 — Paris dans le cinéma français 

Jonathan Degeneve
Mardi 10h à 12h (cours) / Visionnage du film le lundi 13h-15h; premier visionnage de film le 19/9

Le cinéma naît à Paris à la fin du XIXe siècle. Au croisement des arts qui existaient avant lui et à la pointe de nouvelles techniques, le cinéma incarne la modernité en même temps qu’il poursuit la construction d’un mythe de Paris qu’il doit à la littérature. C’est cette vision d’une même ville à travers différentes œuvres qui sera étudiée, et ce jusqu’au début du XXIe siècle. On verra dans un premier temps pourquoi Paris a pu apparaître comme la capitale du cinéma et comment le film Les Enfants du Paradis (1945) marque à la fois l’apogée et le déclin de cette situation. On examinera ensuite quel autre Paris, plus naturel, est montré dans le cinéma de la Nouvelle Vague avec des réalisateurs comme Truffaut, Godard, Rohmer ou Varda. Enfin, dans un dernier temps, on se rendra sensible aux innombrables aspects que revêt Paris dans le cinéma français des années 2000 à aujourd’hui : la ville où se lient les contraires, la ville de tous les possibles, la ville toujours fracturée entre l’intra- et l’extra-muros…

 

WI2 — Le Diable dans la littérature et les arts français

Patrick Graille
Mardi 14h-16h

Depuis plus de 2000 avant Jésus Christ, le Diable, désigné comme le « grand adversaire », le « calomniateur », le « séparateur », le « tentateur », le « destructeur », ou « celui qui n’aime pas », fascine. Alors qu’il n’existe pas de Diable grec et que la tradition juive fait rarement allusion à la toute puissance maligne, sa figure est omniprésente dans le Nouveau Testament. Elle fonde les archétypes du bien et du mal, puis de bienfaisance et de malfaisance, les normes qui régissent la culture occidentale et, spécialement, la culture française.

Complice de cette entité sulfureuse, une cohorte d’étranges créatures ― anges déchus, sorcières et sorciers, possédés, fantômes, revenants, zombis, esprits, vampires ou loups-garous ― s’impose en symboles de la condition humaine et des époques qui semblent leur donner vie et mort. En effet, le Diable étant toujours fils de son temps, avec l’évolution des croyances, les figures et les représentations de la peur, de l’effroi, de l’horreur, du pacte, de la damnation, de la possession, de la corruption… s’actualisent et se métamorphosent. Mais les obsessions autour du « bouc cornu et velu » de jadis n’en demeurent pas moins profondément ancrées dans les psychés collectives. Et, à ce titre, toujours renaissantes, prêtes à adopter de nouvelles formes, tantôt terrifiantes et angoissantes, tantôt divertissantes et séduisantes ; en tous les cas, troublantes. « L’art moderne, déclarait Baudelaire dans L’Art romantique, « a une tendance essentiellement démoniaque », comme si l’ange porteur de lumière nommé Lucifer s’amusait à engraisser « le genre humain dans ses basses-cours pour se préparer une nourriture plus succulente. »

Mais qui est finalement le Diable ? Pourquoi est-il ? Comment se manifeste-t-il ? Quelles valeurs sociales de repoussoir, de faire-valoir et d’exutoire traduit-il ? Quels types de savoirs et de fantasmes incarne-t-il ? Que l’on adhère ou non à une croyance religieuse ou spirituelle le mettant en scène, pourquoi perturbe-t-il autant ? Du siècle des Lumières à nos jours, le cours débattra de ces questions en esquissant un panorama de cette figure majeure et énigmatique. Il explorera des documents variés : extraits romanesques et philosophiques, contes, nouvelles, poésies, procès de sorcellerie, peintures, gravures, sculptures, films, séries…

Conjointement aux séances, deux visites commentées, réparties sur une journée, seront organisées au Musée du Louvre et au Musée d’Orsay.

 

WI3 — Littérature et photographie :
La formation d’une esthétique (XXe-XXIe siècles)

Florence De Challonge
Jeudi 13h-15h

La photolittérature se réfère à des oeuvres ayant un statut littéraire, ou étant reconnues comme telles, dans lesquelles sont insérées des images photographiques jouant un rôle structurant.

Le récit, l’essai, l’autobiographie, le journal sont partie prenante de ces relations entre littérature et photographie.

La photolittérature est le lieu qui permet de repenser le voisinage esthétique, polémique, concurrentiel mais créatif, entre littérature et photographie, comme marqueur de la sensibilité contemporaine : comment l’image devient-elle une contrainte d’écriture (Breton) ; mais aussi comment le texte fait-il image –s’écrivant à partir d’une image absente du passé (Marguerite Duras). Le livre est aussi l’inscription d’une expérience (Maspéro en voyage dans le RER en banlieue parisienne) ou le résultat d’une performance artistique (au Festival d’Avignon, Sophie Calle reçoit les visiteurs de l’exposition sur un lit, dans une chambre où elle a affiché les photos de sa vie).

L’emprise et l’empreinte du réel concernent directement l’image photographique ; qu’emporte avec elle dans le livre la photo d’un observé ou d’un vécu ? Peut-elle s’émanciper du « Ça-a-été » qui fascinait tant Barthes (La Chambre claire) ? Cinq ouvrages photolittéraires, choisis pour la diversité de leur genre et de leur approche, devenus déjà pour plusieurs d’entre eux des classiques, seront principalement étudiés.

  • André Breton, Nadja (1928), Paris, Gallimard, « Folio ».
  • Roland Barthes La Chambre claire (1980), Paris, Cahiers du cinéma-Gallimard-Seuil.
  • Marguerite Duras, L’Amant (1986), Paris, Minuit.
  • François Maspero, Anaïk Frantz, Les Passagers du Roissy-Express, Seuil, 1990.
  • Sophie Calle, Des histoires vraies, Arles, Actes Sud, 2013.

D’autres extraits d’œuvres, notamment théoriques, seront également étudiés en classe.
Deux visites seront faites dans deux hauts lieux de la photographie à Paris : l’une à Maison européenne de la photographie (dans le Marais) ; l’autre au Jeu de Paume (dans le jardin des Tuileries).


Séminaires

S1 — La mémoire collective dans Paris et dans la création littéraire

Martin Megevand
Lundi 16h-18h

L’objet du séminaire est de proposer aux étudiants une approche critique de la notion de mémoire telle qu’elle est mise en jeu dans le domaine des Memory Studies. Retraçant les principales étapes de la constitution de ce champ de recherche, depuis les travaux de Bergson et de Maurice Hallbwachs, jusqu’aux catégories élaborées par Aleida Assmann et Marianne Hirsch, on s’attachera à définir, sous le vocable neutre de « mémoire commune », les dénominateurs communs aux notions de mémoire culturelle et de mémoire collective et à celles qui en dérivent (mémoires communicationnelle, mimétique, multidirectionnelle etc.).

Cette année, on s’attachera tout particulièrement à examiner comment les théoriciens relevant de ce champ abordent la question de l’oubli. Est-il nécessaire ? Est-il, au contraire, toujours condamnable ? Quatre visites sur des lieux de mémoire donneront un tour concret à ces questions. Nous chercherons, à travers Paris, les traces de ce savoir oublié qu’est l’alchimie ; nous visiterons le musée national de l’histoire de l’immigration à la Porte Dorée ; nous arpenterons le cimetière Montparnasse, qui accueille les dépouilles de dizaine de personnalités du monde des arts et de la littérature ; nous tenterons d’« épuiser » (Perec) un lieu parisien historiquement riche de péripéties mémorielles : la Place de la République et ses alentours immédiats, lieu de mémoire spontané et populaire des attentats de 2015, et lieu d’oubli construit pour effacer délibérément le « boulevard du crime », lieu de réjouissances populaires du XIXè siècle.

On tentera de procéder à une classification des différents types de lieux visités sous le rapport de la mémoire. A l’appui de ce travail de classification, des textes littéraires et des textes théoriques seront proposés aux étudiants. De cette confrontation, il s’agira de tirer des enseignements sur la fonction de la littérature et, plus généralement, de l’art, lieu de mémoire reconstruit esthétiquement, et lieu de résistance à l’oubli.

Pour la validation de ce cours, deux types d’exercices sont demandés aux étudiants : quatre comptes rendus de visite et, à la fin du semestre, un dossier qui prendra la forme d’une réflexion sur la notion de mémoire à partir d’œuvres littéraires ou cinématographiques portant sur Paris.

L’intérêt théorique d’un séminaire de Littérature prenant pour objet les lieux de mémoire et d’oubli dans Paris et dans la littérature est d’entrer dans des œuvres littéraires selon une approche inspirée par les études culturelles, privilégiant le rapport de la culture et de ce qui l’environne : les conditions sociales et historiques qui la produisent.

Ce séminaire ne nécessite pas de connaissances préalables en littérature. Une attention toute particulière sera portée à la qualité formelle des travaux écrits (construction, argumentation).

 

S2 — Art et politique : l’artiste engagé

Néna Kraguly
Mercredi 10h00-12h00

Ce cours propose d’explorer l’art engagé à travers différentes expériences artistiques et de tracer les relations entre l’art et la politique.

Dès la fin des années 80, des événements majeurs comme la chute du mur de Berlin, la dissolution de l’Union Soviétique, le 11-Septembre, la guerre du Golfe ainsi que la mondialisation, la crise financière mondiale qui implante l’instabilité et le pessimisme sociale, ou encore les menaces écologiques, ont profondément changé le visage de notre société.

Immergé dans cette société en mutation instable, l’artiste prend une position analytique et critique.

Il est confronté à la réalité présente, hic et nunc, qui devient dans son travail le matériau principal pour examiner et pour débattre. Son œuvre se présente comme un faisceau corrélationnel, un ensemble de vecteurs de communication devant les situations politiques, les faits de société, les prises de décision ou les bouleversements survenus.

Il ne s’agit pas de représenter de manière littérale et linéaire des maux de la société au dessin compassionnel ou de proposer des solutions, mais de saisir l’essentiel de la problématique de ceux-ci pour mieux les révéler, pour éveiller la conscience, pour déclencher des réflexions ou pour changer l’attitude.

Les artistes adoptent des pratiques artistiques pluridisciplinaires relevant de l’installation, de la performance, de l’intervention, de la marche, de l’action… Les démarches de chaque artiste varient selon son approche du sujet, son radicalisme, son but implicite, qui d’ailleurs, dépend du milieu socio politique dont l’artiste est issu, ainsi que de la culture qui lui est propre. C’est pourquoi, certains artistes sont concernés par la pauvreté, les droits de l’homme, le racisme, alors que d’autres critiquent les entreprises multinationales et la destruction de l’environnement, ou d’autre encore, montrent l’impuissance face aux régimes politiques totalitaires, à la corruption ou à l’emprise des médias.

L’intention du cours n’est pas de tracer les liens entre l’art et la politique dans le sens où ces liens sont liés, par exemple, au pouvoir ou à la révolution mais de montrer comment l’art engagé aux visées discursives, peut susciter un changement dans la société de son temps et stimuler une réaction constructive et dialectique.

L’objectif de ce cours est de montrer la complexité des rapports entre l’art et la politique et de discuter les relations critiques et dynamiques que l’artiste entretient avec le contexte politique, social et culturel.

Des exemples concrets seront examinés ainsi que les questions que ces pratiques soulèvent :

Dans quelle mesure l’œuvre d’art peut-elle  participer à la création d’un homme plus libre? Ebranler les structures sociales existantes? Remuer les normes et les conventions établis?, Objecter les identités imposées par la société? Secouer les structures mentales? Quelles sont les réactions politiques à la vue de telles œuvres ?

En parlant de l’artiste engagé, il est également indispensable de repenser la question concernant la définition du rôle et de la place de l’artiste dans la société, ses objectifs, sa créativité, ainsi que la légitimation de son œuvre dans le contexte historique.

En parallèle des cours théoriques en classe, il est envisagé de visiter les musées et galeries suivants : le Centre Georges Pompidou, le Palais de Tokyo, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et les galeries du Marais.

 

S3 — Panorama du théâtre contemporain

Bruno Clément
Mercredi 16h-18h et soirées théâtrales

Le cours se propose d’offrir aux étudiants, à partir d’un programme de représentation précis, des ouvertures à la fois sur la scène parisienne, sur l’histoire et la tradition du théâtre occidental, sur les créations les plus contemporaines, ainsi que sur les théories du jeu, de la mise en scène, du rôle et du statut du théâtre dans la cité.

Le cours est différent chaque semestre, puisqu’il dépend de la programmation des salles à chaque saison théâtrale.

Le programme du cours Le théâtre à Paris, hier et aujourd’hui est élaboré pour permettre un vaste balayage chronologique du théâtre depuis l’Antiquité grecque (il donne presque toujours lieu à un cours sur Platon et Aristote, un cours sur la naissance de la tragédie) aux 19e, 20e et 21e siècles sans compter l’expérience très stimulante de spectacles en langue des signes (à l’International Visual Theater) quand la programmation le permet. Ou d’autres spectacles, encore impossibles à nommer…

Les cours consistent à préparer les spectacles auxquels le groupe d’étudiants doit assister avec le professeur, puis à commenter, analyser, éventuellement critiquer les spectacles en question.

L’objectif général du cours est à la fois de donner aux étudiants une bonne connaissance des textes et de la tradition du théâtre et de leur faire découvrir la multiplicité des manières de jouer et de mettre en scène. C’est aussi, pour le professeur, l’occasion de faire prendre conscience qu’il n’y a pas une et une seule théorie de théâtre, mais une infinité, dont la diversité des expériences du semestre doit permettre de donner une idée. C’est enfin de faire entrer les étudiants dans le monde de la vie culturelle parisienne.